LA PREUVE ATTENDAIT
Affaire Évelyne Boucher : ADN, enquête et chronologie
Évelyne Boucher.Une trace, puis un nom.
LE DOSSIER EN BREF
Que retenir de l’affaire Évelyne Boucher ?
Une trace biologique ne porte pas de nom. Dans l’affaire Évelyne Boucher, il faudra près de dix-neuf ans pour relier un profil génétique à Robert Greiner. Les décisions de justice viendront ensuite.
Consulter la bibliographie ↓Ce dossier évoque des violences contre une mineure, sans images ni détails graphiques.
L’essentiel avant de lire
- Évelyne Boucher, seize ans, est tuée en décembre 1987 dans la région d’Avignon. France Télévisions · La Dépêche du Midi
- Le profil issu de la trace reste sans nom jusqu’au rapprochement avec Robert Greiner en juin 2006. RTL · La Dépêche du Midi
- La condamnation de 2008 est confirmée en appel en 2009 ; une requête en révision est rejetée en mars 2021. Le Monde · Objectif Gard, reprise de L’Express · Le Dauphiné libéré
Le documentaire
Publié sur YouTube le 1er septembre 2026
ILLUSTRATION — portrait fictif, et non photographie d’une personne de l’affaire.
Évelyne Boucher, avant le nom d’une affaire
Évelyne Boucher est une lycéenne de seize ans dans la région d’Avignon. Elle est tuée le 8 décembre 1987 ; son corps est découvert le lendemain dans la garrigue des environs. Le dossier porte sur un viol et un meurtre. Ces faits peuvent être énoncés sans reproduire les violences ni transformer les derniers instants d’une adolescente en scène de spectacle.
Sa mère, Gisèle Cronier, poursuit les démarches pour que l’enquête avance. Les récits consacrés à l’affaire soulignent cette persévérance familiale. Elle constitue un fil de l’histoire aussi important que les dates scientifiques : l’absence d’identification immédiate ne signifie pas que la recherche de réponses s’est arrêtée.
Notre point de départ reste Évelyne. Les documents utilisés ne permettent pas de restituer ses pensées, une conversation privée ou chaque détail de son trajet. Nous ne complétons pas ces silences par une scène inventée. En revanche, ils permettent de suivre ce qui a été conservé, comparé puis discuté en justice.
Sources : France Télévisions · La Dépêche du Midi · Le Monde
La conservation : garder une possibilité de réponse
Une trace biologique recueillie dans le dossier va traverser les années. Son importance tient à la possibilité de la réexaminer. Pour comprendre ce parcours, il faut séparer l’objet matériel, l’information que le laboratoire en tire et l’identité à laquelle cette information pourra éventuellement être rattachée.
Le prélèvement est une matière. Le profil génétique est un résultat d’analyse. Le nom apparaît lorsqu’une comparaison permet de relier ce résultat à une personne identifiée. Conserver le premier ne garantit pas que les deux autres étapes aboutiront. C’est pourquoi le mot « ADN », employé seul, explique mal le temps d’une enquête.
Les explications institutionnelles de la Gendarmerie rappellent l’importance du prélèvement, du conditionnement et de la préservation. Il s’agit d’un principe général, pas de la description des conditions exactes de stockage de cette affaire. Nous ne disposons pas de l’inventaire complet des scellés Boucher ni de leur parcours matériel année par année.
Sources : Gendarmerie nationale · RTL
1993 : un profil génétique, toujours aucun nom
RTL situe en 1993 l’établissement d’une empreinte génétique à partir des traces. Cette date est ici attribuée au récit radiophonique : nous ne présentons pas un rapport de laboratoire original que nous aurions consulté. L’étape compte pourtant pour comprendre l’attente : l’information biologique devient comparable, sans donner immédiatement une identité.
Un profil judiciaire n’est pas une fiche qui révélerait spontanément une adresse, un métier et le récit d’un crime. Il fournit des caractéristiques à confronter à d’autres profils. Si la personne recherchée n’est pas représentée parmi les éléments comparés, l’analyse peut être utile sans résoudre la question du nom.
Les premières recherches ne donnent pas de correspondance décisive. En 2002 encore, La Dépêche rapporte plusieurs dizaines de prélèvements comparatifs restés sans résultat. Cette succession d’analyses ne doit pas être confondue avec une succession de coupables : nous ne republions pas une liste d’anciens suspects pour fabriquer du suspense.
Sources : RTL · La Dépêche du Midi
1998 : un fichier pour relier des procédures
Le Fichier national automatisé des empreintes génétiques, ou FNAEG, est créé par la loi du 17 juin 1998. Cette date est distincte de celle du profil de l’affaire Boucher. Le fichier ne crée pas rétroactivement la trace ; il offre un cadre dans lequel des informations provenant de procédures différentes peuvent être rapprochées.
La CNIL distingue les profils issus de traces non identifiées et ceux rattachés à des personnes connues dans les conditions prévues par la loi. Le fichier ne contient donc pas toute la population. L’enregistrement d’une personne ne signifie pas non plus, à lui seul, une condamnation pour le crime que l’on étudie.
Le fonctionnement de la comparaison aide à saisir le paradoxe du dossier : une information peut exister d’un côté sans que son correspondant soit disponible de l’autre. Un système plus large augmente les possibilités de rapprochement, mais ne garantit pas que chaque dossier obtienne une réponse. La vérification experte reste une étape à part entière.
Sources : Gendarmerie nationale · CNIL
2003–2005 : ce que change la bagarre du Pont du Gard
En 2003, Robert Greiner est impliqué dans des violences sur un parking du Pont du Gard. Cette autre procédure conduit à un prélèvement destiné au fichier génétique. Le lien avec l’affaire Boucher est précis : les violences du parking ne prouvent pas le crime de 1987 ; elles conduisent à disposer d’un profil de comparaison.
Le compte rendu d’audience de La Provence du 10 avril 2008 situe l’obtention de son ADN en mai 2005 et rapporte un retard dans l’enregistrement du profil. Nous retenons ce mois avec son attribution. Il serait inexact de placer la bagarre, le prélèvement et le rapprochement dans une seule journée ou de donner un jour d’enregistrement non documenté.
Cette séquence distingue trois moments : la procédure liée aux violences de 2003, le prélèvement de 2005, puis le rapprochement de 2006. Le nom de Greiner finit ainsi par rejoindre une trace provenant d’un dossier beaucoup plus ancien. Le tournant ne vient pas d’un objet soudain découvert sur les lieux, mais de la rencontre d’informations jusque-là séparées.
Sources : La Provence · Le Monde · La Dépêche du Midi
Juin 2006 : une identité, pas encore un verdict
En juin 2006, le profil de Robert Greiner est rapproché de la trace de l’affaire Évelyne Boucher. La Dépêche rapporte une concordance confirmée par les experts, puis l’interpellation, la mise en examen et l’incarcération. Greiner conteste les accusations. Près de dix-neuf ans se sont écoulés depuis les faits.
C’est à cette identification que renvoie la durée mise en avant dans notre documentaire. Elle ne correspond pas au temps écoulé jusqu’au premier verdict : celui-ci intervient en 2008. Dire « condamné après dix-neuf ans » effacerait la différence entre le résultat de l’enquête et la décision des assises.
Il faut également distinguer la force d’un rapprochement et une probabilité de culpabilité. Les explications de l’IRCGN sur l’évaluation des indices portent sur la comparaison d’hypothèses et sur le rôle de l’expert. Elles ne constituent pas une nouvelle expertise du dossier Boucher. Ici, aucun pourcentage de culpabilité n’est calculé ni déduit du seul mot ADN.
Sources : La Dépêche du Midi · Le Monde · Gendarmerie nationale / IRCGN
2008 et 2009 : deux procès à distinguer
Le 10 avril 2008, la cour d’assises du Gard condamne Robert Greiner à la réclusion criminelle à perpétuité. Le compte rendu du Monde, publié le lendemain, situe l’ADN au centre du débat et rapporte la demande d’acquittement de la défense. Greiner fait appel.
Un second procès a lieu devant les assises du Rhône. La peine est confirmée le 2 octobre 2009. La reprise publiée par Objectif Gard affiche une date de mise en ligne en 2011, mais décrit bien l’événement de 2009 : date d’un article et date de la décision ne sont pas interchangeables.
Ces décisions sont l’aboutissement judiciaire relaté dans nos sources, non le produit automatique d’un fichier. Le récit laisse leur place aux contestations de la défense sans les présenter comme des faits démontrés, et aux condamnations sans inventer un aveu. Il repose sur des comptes rendus d’audience, pas sur l’intégralité des pièces et débats.
Sources : Le Monde · Objectif Gard, reprise de L’Express · La Provence
2021–2023 : les événements postérieurs à l’appel
Le 31 mars 2021, Le Dauphiné libéré rapporte le rejet de la requête en révision déposée pour Robert Greiner par la commission d’instruction de la cour de révision. Le journal précise que la décision date de quelques jours. Nous retenons donc mars 2021, sans transformer le 31 mars en date exacte du rejet.
Le même quotidien annonce ensuite sa mort en détention le 9 janvier 2023, dans un article du 14 janvier. Cette distinction est conservée dans la chronologie. Les récits du parcours judiciaire rapportent qu’il a continué à nier les faits ; son décès ne change pas rétrospectivement le contenu des décisions de 2008 et 2009.
Ce sont les dernières étapes documentées dans le corpus de ce dossier. Nous ne déduisons pas du décès que toute démarche ultérieure serait juridiquement impossible, et nous ne présentons pas l’absence d’autre pièce consultée comme la preuve qu’aucune n’existe. Le périmètre du récit reste celui des documents cités.
Sources : Le Dauphiné libéré · Le Dauphiné libéré · Objectif Gard, reprise de L’Express
Pourquoi cette histoire éclaire d’autres enquêtes
L’affaire Boucher permet de distinguer quatre opérations : conserver, comparer, vérifier et juger. Elles ne progressent pas nécessairement au même rythme. L’échantillon peut être disponible avant le profil ; le profil avant le nom ; l’identification avant les décisions judiciaires.
Cette grille de lecture permet de poser des questions précises devant un autre dossier : qu’a-t-on réellement retrouvé ? Qu’a-t-on réussi à analyser ? Avec quoi a-t-on comparé le résultat ? Quel acte de justice est ensuite intervenu ? La chronologie ci-dessous et les chapitres du film permettent de retrouver chaque étape sans les fusionner.
Le documentaire et cette adaptation écrite ont des usages complémentaires. Le film déroule le récit ; la page permet de revenir à une date, à la portée d’une source ou à une explication. Dans les deux cas, la conclusion porte sur des événements documentés, sans prétendre que toutes les enquêtes finissent par bénéficier de la même rencontre entre une trace et un nom.
Sources : Gendarmerie nationale · La Dépêche du Midi · Le Monde · Objectif Gard, reprise de L’Express
REMETTRE LES FAITS DANS L’ORDRE
Chronologie : Évelyne Boucher
- Décembre 1987
Évelyne Boucher est tuée ; son corps est découvert le 9 décembre.
- 1993
RTL situe l’établissement d’un profil génétique, sans identification immédiate.
- 17 juin 1998
Création du FNAEG : un repère national, distinct des étapes de cette enquête.
- Mai 2005
Prélèvement sur Robert Greiner, selon le compte rendu de La Provence.
- Juin 2006
Rapprochement génétique et interpellation.
- 10 avril 2008
Condamnation à la perpétuité par les assises du Gard.
- 2 octobre 2009
Peine confirmée en appel par les assises du Rhône.
- Mars 2021
Requête en révision rejetée, selon Le Dauphiné libéré.
- 9 janvier 2023
Décès de Robert Greiner en détention, rapporté le 14 janvier.
Questions de lecture
Pourquoi dit-on « près de dix-neuf ans » ?
Il s’agit du temps entre les faits de décembre 1987 et le rapprochement génétique de juin 2006. La condamnation en première instance date de 2008 et l’appel de 2009. Ces intervalles ne désignent pas la même étape.
Sources : La Dépêche du Midi · Le Monde · Objectif Gard, reprise de L’Express
Le FNAEG existait-il en 1987 ?
Non. Sa création légale date du 17 juin 1998. Un profil peut avoir été établi avant la création du fichier national : analyser une trace et disposer d’un système de rapprochement sont deux choses différentes.
Sources : Gendarmerie nationale · RTL
La bagarre prouvait-elle le crime ?
Non. Cette procédure est importante parce qu’elle conduit au prélèvement d’un profil ensuite comparé à la trace du dossier Boucher. Le rapprochement et son examen judiciaire sont les étapes suivantes.
Sources : La Dépêche du Midi · La Provence
S’agit-il des véritables archives judiciaires ?
Les sources comprennent des comptes rendus journalistiques et des explications institutionnelles. Nous n’avons pas consulté le dossier judiciaire intégral. La couverture est une illustration signalée, pas une photographie d’Évelyne Boucher.
Sources : France Télévisions · La Provence
Ce que ce dossier ne permet pas d’établir
- Les conditions complètes de conservation des scellés ne sont pas documentées ici.
- Le mois du prélèvement de 2005 est attribué à La Provence ; le jour exact de son enregistrement n’est pas établi.
- Les décisions sont relatées par les sources citées. Cette page ne reconstitue ni des propos privés ni l’intégralité des audiences.
Retrouver un passage
Chaque chapitre ouvre le documentaire au bon moment sur YouTube.
L’ESSENTIEL EN FORMAT COURT
Un autre point d’entrée
Évelyne Boucher : l’ADN relance l’enquête près de 19 ans aprèsShort · 1 minLES RÉFÉRENCES DU RÉCIT
Bibliographie du dossier
Les références sont présentées en texte. Les renvois dans le récit conduisent à cette bibliographie ; les adresses de consultation sont conservées dans le registre documentaire de la rédaction.
Cette synthèse s’appuie sur des récits judiciaires et des sources institutionnelles, pas sur la consultation de l’intégralité du dossier de procédure. La date ci-dessus est celle du dossier documentaire ; elle ne certifie pas une recherche exhaustive de toute procédure ultérieure.
- France TélévisionsAu bout de l’enquête — affaire Évelyne Boucher
- La Dépêche du MidiADN : le pompier avait laissé sa trace22 juin 2006
- RTLL’Heure du crime — Évelyne Boucher
- Gendarmerie nationale1998 : la création du FNAEG
- La ProvenceCompte rendu d’audience, copie PDF hébergée par Gontard & Associés10 avril 2008
- Le MondeUn pompier d’Avignon condamné à la perpétuité11 avril 2008
- Objectif Gard, reprise de L’ExpressPerpétuité confirmée en appel — événement du 2 octobre 2009Article affiché le 2 août 2011
- Le Dauphiné libéréRequête en révision rejetée31 mars 2021
- Le Dauphiné libéréDécès de Robert Greiner14 janvier 2023
- Le MondeVingt et un ans après les faits, un pompier accusé par son ADN — 8 avril 2008
- CNILFNAEG : profils et finalités du fichier — contexte général
- Gendarmerie nationale / IRCGNÉlémentaire mon cher… Bayes ! — interpréter un indice
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Ces lectures permettent de comparer les étapes d’une enquête. Leur rapprochement éditorial ne signifie pas que les affaires sont liées.
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